Et qui m'a fait et me laisse une impression bizarre, mitigée, de vraie-fausse "tradition" dont on n'arrive pas trop à savoir si elle est vivace ou moribonde. Peut-être un vague malaise face à ce sable dont toutes les allées du cimetière sont couvertes - ou devant les photocopies plastifiées accrochées à la croix de la tombe et qui en expliquent la signification et l'histoire. Le buis, cité partout, n'est plus là. Peut-être simplement le sentiment que là, l'histoire est écrite parce que de transmission orale, il n'y en a guère ? je ne peux pas vraiment le savoir... non, ça ne veut pas dire grand-chose, simplement que comme dispositif, cet endroit me met un peu mal à l'aise. J'essaierai de rencontrer la femme qui a rédigé le papier.
On trouve un document pdf détaillé ici : "Le Saint Bleu - Légende, folklore et petite histoire"
Et je transcrits ci-dessous le document ci-dessus :
LE "SAINT BLEU" D'INGRANDES-SUR-LOIRE. Colette Minig.
"Le mois de novembre 1793 marque un grand moment de la déchristianisation avec la fermeture d'églises, les pillages d'objets du culte, les abjurations. C'est également à cette époque que le poèe Fabre d'Eglantine crée le calendrier républicain, basé sur un système décimal et destiné à honorer les saisons, la nature, ainsi que les fêtes nationales et républicaines.
Le culte de la Raison et de l'Etre suprême apparaît. Le 10 novembre 1793, la Liberté et la Raison sont célébrées à Notre-Dame, qui s'appellera désormais, comme beaucoup d'églises, Temple de la Raison.
Parallèlement, les villes ou villages ayant des résonances chrétiennes ou aristocratique sont débaptisées (Grenoble devient Grelibre, Port-Louis, Port de la Liberté).
Ainsi dans le district d'Ancenis, l'agent général Douville signale au département le 17 avril 1794 les quatre communes dont le nom a été changé. Il s'agit de Saint-Géréon qui devient Petite-Montagne, la Chapelle Saint-Sauveur qui se change en l'Auréole (nom d'une plante), Saint-Herblon se transforme en Bellevue et Saint-Mars-la-Jaille en Erdre. Douville termine sa not par : "il n'y aura pas d'autres changements" (*).
Pendant cette campagne de déchristianisation, se forge peu à peu une autre sainteté, qui sera, celle-ci, républicaine. Un culte nouveau s'instaure.
Des soldats, mais aussi des patriotes des deux sexes, attaqués, martyrisés ou assassinés par des bandes royalistes, sont rapidement sanctifiés et des pouvoirs leur sont découverts.
Le Royalistes les appellent par dérision : les saints "patauds" (ils surnommaient les patriotes "patauds").
Les Républicains les qualifiaient de "saints bleus" (par référence à la couleur des uniformes des serviteurs de la république).
Ainsi en est-il du "Saint-Bleu" qui dort paisiblement dans un angle du cimetière d'Ingrandes. La tombe, toute simple, petit talus sableux surmontée d'une croix de fonte perdue dans une touffe de buis, passerait totalement inaperçue si le nombre de vieilles statues et de crucifix qui recouvrent le sable, n'intriguaient les passants. Beaucoup de personnes d'ailleurs, ignorant que ce talus fût une tombe, en profitaient pour déposer là les objets du culte trop vieux ou cassés qui encombraient les tombeaux de leurs proches.
Le pauvre Saint Bleu devenait une seconde décharge. Seuls, et d'autant plus émouvants, une paire de petites chaussures, des chaussettes de bébé et un joli pot de fleurs témoignaient du passage de fidèles, venus remercier le Saint Bleu de les avoir exaucés.
Après plusieurs démarches faites auprès de la municipalité, celle-ci, soucieuse de conserver ce lieu de recueillement, a fait repeindre la croix, tailler le buis et nettoyer la tombe.
De nos jours, elle s'orne toujours de la paire de chaussures et des petites chaussettes, mais sont venus les rejoindre un mouchoir et un dessin d'enfant, preuve que le Saint Bleu n'est pas tombé dans l'oubli.
La légende du Saint Bleu est toujours vivace dans la mémoire des personnes d'un certain âge que j'ai interrogées. Elle semble mal connue des plus jeunes.
* * *
A l'époque des guerres de Vendée, un soldat républicain fut tué, certains précisent "à coups de pelle", par des paysans dans le bas de la côte de la Bouvraie. Ne possédant pas d'état-civil, il fut enterré dans le cimetière.
Dans la déclaration de Louis XVI du 10 mars 1776, concernant les inhumations, l'article 7 précise que : "les cimetières qui, placés dans l'enceinte des habitations, pourraient nuire à la slubrité de l'air, seront portés, autant que les circonstances le permettront, hors de la dite enceinte".
Le cimetière jouxtant l'église fut abandonné et remplacé par un nouveau, situé au même emplacement qu'aujourd'hui. Il en possédait la longueur, mais était moins large. Sur le plan de 1865, où figurent le tombes numérotées, la tombe n'1 porte la mention : St bleu.
Au lieu de reposer paisiblement, notre soldat s'obstinait à sortir son index de sa tombe et à le pointer vers le ciel. Bien que les ingrandais de l'époque aient tout fait pour remettre les choses en ordre, le même scénario se reproduisit jusqu'à ce que l'opinion publique s'émeuve et le canonise, ce qui permit à notre soldat de dormir enfin tranquille.
Les personnes venues prier sur sa tombe s'aperçurent alors que le Saint Bleu avait le pouvoir de guérir les maladies de la peau (boutons-eczéma) ainsi que de faire marcher les jeunes enfants.
Il y avait plusieurs manières de s'adresser au saint pour lui demander la faveur de faire marcher son petit. On pouvait, soit faire une fervente prière, soit rouler l'nefant dans le sable de l'allée longeant la tombe et bien sûr accompagner l'action d'une prière. Peu de temps après, l'enfant marchait seul à la grande joie de sa famille. Pour remercier le saint, un ex-voto était déposé sur le sable de la tombe, près de la croix.
Qui pouvait-être le « Saint-Bleu » ?
Suite à la mobilisation des 300 000 hommes réclamés par La Convention, Saint-Florent et toute sa région se
soulèvent le 10 mars 1793. Ingrandes occupe une situation stratégique importante. De plus, cette ville contribue à la constitution de la deuxième armée de l’Ouest dite « armée de la rive droite de la Loire », en fournissant des gardes nationaux, des sapeurs et toute sa marine. Du 14 mars 1793 au 22 février 1796 d’importants détachements de troupe se croisent ou cantonnent à Ingrandes. Les gardes nationaux, bien armés, y ont une intense activité. On note le passage des hussards nationaux, de l’armée de Mayence et des volontaires chasseurs à pieds. Comme nous pouvons le constater, la présence de militaires a été constante pendant ces trois années. Aussi est-il très vraisemblable que l’un d’entre eux ait terminé anonymement
ses jours à Ingrandes et soit enterré dans son cimetière. La croyance populaire lui ayant octroyé des pouvoirs a forgé la légende. Ingrandes n’est pas la seule commune à posséder son «saint» local. Dans la forêt de Teillay (Ille-et-Vilaine) se trouvent, en lisière (non loin de la Grignordais, en Ruffigné), « la tombe au bleu » et en plein Coeur « la tombe à la fille », ainsi nommée suite aux supplices que dut subir une jeune républicaine capturée par les Chouans. Sa mort tragique lui valut d’être canonisée par le peuple. Lorsque la grâce sollicitée était obtenue, on déposait en ex-voto une petite croix formée de deux brindilles. Sur la route de Cluneret à Sainte-Anne-d’Auray, on voit également la tombe du « Saint bleu » (soldat républicain tombé sous les balles royalistes). Une croix de granit rappelle sa mémoire.
SOURCES :
* ADLA L 901 (Archives Départementales de Loire-Atlantique)
« Coutumes, croyance, langages du Pays de Châteaubriant »
Ed. Lafitte.
« Mémoires de J-P. Soudry »
(publication de la mairie d’Ingrandes-sur-Loire).
« Revue des traditions populaires » tome XIX 1904.
Ménager (Jean), notes personnelles.
Article publié dans la revue ARRA n° 89/4.
* ADLA L 901 (Archives Départementales de Loire-Atlantique)
« Coutumes, croyance, langages du Pays de Châteaubriant »
Ed. Lafitte.
« Mémoires de J-P. Soudry »
(publication de la mairie d’Ingrandes-sur-Loire).
« Revue des traditions populaires » tome XIX 1904.
Ménager (Jean), notes personnelles.
Article publié dans la revue ARRA n° 89/4.
Qui pouvait-être le « Saint-Bleu » ?
Suite à la mobilisation des 300 000 hommes réclamés par La Convention, Saint-Florent et toute sa région se
soulèvent le 10 mars 1793. Ingrandes occupe une situation stratégique importante. De plus, cette ville contribue à la constitution de la deuxième armée de l’Ouest dite « armée de la rive droite de la Loire », en fournissant des gardes nationaux, des sapeurs et toute sa marine. Du 14 mars 1793 au 22 février 1796 d’importants détachements de troupe se croisent ou cantonnent à Ingrandes. Les gardes nationaux, bien armés, y ont une intense activité. On note le passage des hussards nationaux, de l’armée de Mayence et des volontaires chasseurs à pieds. Comme nous pouvons le constater, la présence de militaires a été constante pendant ces trois années. Aussi est-il très vraisemblable que l’un d’entre eux ait terminé anonymement
ses jours à Ingrandes et soit enterré dans son cimetière. La croyance populaire lui ayant octroyé des pouvoirs a forgé la légende. Ingrandes n’est pas la seule commune à posséder son «saint» local. Dans la forêt de Teillay (Ille-et-Vilaine) se trouvent, en lisière (non loin de la Grignordais, en Ruffigné), « la tombe au bleu » et en plein Coeur « la tombe à la fille », ainsi nommée suite aux supplices que dut subir une jeune républicaine capturée par les Chouans. Sa mort tragique lui valut d’être canonisée par le peuple. Lorsque la grâce sollicitée était obtenue, on déposait en ex-voto une petite croix formée de deux brindilles. Sur la route de Cluneret à Sainte-Anne-d’Auray, on voit également la tombe du « Saint bleu » (soldat républicain tombé sous les balles royalistes). Une croix de granit rappelle sa mémoire.